Félicitations à Arridj Foudhala pour l’obtention du Prix d’excellence de l’IICADD 2025!
La remise du prix, par Marie-Josée Paquette, directrice générale du CQCM, et Rafael Ziegler, directeur de l’IICADD, a eu lieu dans le cadre de l’événement comprenant la présentation du documentaire (R)évolution – le travail est humain et un cocktail réseautage du CQCM durant la semaine de la coopération. Son projet d’intégration intitulé « La communauté de pratique : CoopérAction Climatique » a été réalisé sous la direction de Rafael Ziegler et d’Yves Plourde et en collaboration avec le CQCM.
Résumé du projet
Ce projet d’intégration s’inscrit dans le cadre des communautés de pratique (CdP), définies comme des groupes de personnes partageant un domaine d’intérêt et apprenant ensemble par l’interaction régulière (Wenger et al., 2002). Il visait à évaluer l’atteinte des objectifs initiaux de la CdP CoopérAction Climatique au terme de sa première année d’existence, tout en analysant les facteurs de succès et les freins rencontrés. Pour ce faire, une méthodologie qualitative a été privilégiée, articulée autour de deux temps d’analyse. Une première phase a porté sur la période de démarrage et les premières rencontres, avec une observation directe des cinq séances virtuelles et du Practioners Day, atelier de co-développement organisé en présentiel en dehors du programme de la CdP. Ces observations ont été complétées par des sondages post-rencontre et des réflexions personnelles, permettant de documenter la dynamique des échanges, la qualité des interactions et la perception des membres. La seconde phase s’est déroulée à la fin du programme et reposait sur la réalisation de treize entretiens semi-directifs auprès de différentes parties prenantes : organisations membres, représentantes du CQCM et animateur de Coop Carbone. Dix autres participants ont choisi de répondre par écrit. L’ensemble du matériau recueilli a été analysé à l’aide d’un codage multithématique, permettant d’identifier les thèmes récurrents, les tensions et les convergences.
Cette triangulation a permis une évaluation approfondie des dimensions clés basés sur une revue de littérature approfondie: L’engagement mutuel des membres et la participation, la qualité des échanges et la confiance entre participants, l’alignement des objectifs et attentes entre membres et organisation porteuse, les modalités de fonctionnement, l’usage efficace des outils numériques dans le cas des CdP virtuelles, l’engagement des membres, la qualité des apprentissages et les retombées organisationnelles observées.
L’analyse révèle une démarche ambitieuse et porteuse, ayant su mobiliser un écosystème coopératif diversifié autour d’un enjeu majeur : l’action climatique. Plusieurs retombées positives sont observées, notamment une meilleure sensibilisation des organisations aux enjeux environnementaux, des premiers gestes concrets vers la réduction des émissions et la création de liens intercoopératifs. CoopérAction Climatique a permis de développer un espace d’échange structuré et d’expérimentation collective, ouvrant la voie à des collaborations futures et à un apprentissage partagé.
Cependant, la recherche met aussi en lumière des limites importantes qui ont freiné la pleine réalisation des objectifs initiaux. Un premier défi réside dans le manque de clarté du cadrage stratégique et la gestion des attentes. Les participants avaient des perceptions divergentes de la communauté, certains l’assimilant à une formation descendante ou à un service d’accompagnement, alors qu’une CdP repose sur la co-construction et l’implication active des membres. Cette diversité d’attentes est liée à une incompréhension du concept de la CdP.
L’hétérogénéité des profils et des niveaux de maturité climatique a également constitué un obstacle, rendant difficile l’adaptation des contenus et la progression collective. À cela s’ajoute la contrainte du temps : l’atteinte d’objectifs ambitieux dans un format limité à une seule année s’est avérée irréaliste pour plusieurs organisations, surtout que ces objectifs n’étaient pas explicitement liés à une échéance temporelle, ce qui a contribué à rendre leur réalisation rapidement irréaliste dans ce contexte.
Le format virtuel, choisi pour sa flexibilité et son accessibilité, a présenté des avantages logistiques mais a limité la création de liens forts et le sentiment d’appartenance. En dehors des rencontres officielles, très peu d’interactions spontanées ont été observées sur les plateformes collaboratives, malgré des efforts pour stimuler ces échanges. Enfin, des défis liés à l’animation ont été relevés : bien que structurée, la démarche semblait parfois pilotée selon une logique de projet plutôt que centrée sur la dynamique communautaire, ce qui a réduit la flexibilité nécessaire pour s’adapter aux besoins émergents.
Ces constats rejoignent plusieurs enseignements de la littérature sur les CdP, notamment l’importance d’un alignement clair des objectifs, d’une animation expérimentée et de mécanismes favorisant la continuité des interactions. Ils soulignent aussi les tensions spécifiques aux CdP virtuelles, où la distance réduit les opportunités de socialisation et de co-construction informelle.
En conclusion, la communauté de pratique CoopérAction Climatique représente une initiative innovante dans le paysage coopératif québécois. La culture coopérative offrait une opportunité favorable à la participation et à l’échange mais la CdP n’a pas pu atteindre la pleine maturité au terme de la première année. En revanche, elle a posé les bases d’un espace collaboratif porteur et suscité des apprentissages précieux pour les porteurs du projet. Les ajustements déjà amorcés pour la deuxième cohorte – clarification des attentes, accompagnement différencié selon la maturité climatique, intégration d’un format hybride et renforcement de l’animation – témoignent d’une volonté d’amélioration continue. Plus largement, cette expérience confirme que la mise en réseau ne suffit pas à créer une dynamique transformatrice : elle exige un cadre clair, un engagement structuré et une culture partagée. À long terme, l’intégration des CdP dans une stratégie coopérative globale pourrait devenir un puissant levier de transition collective et durable.